Sydney KARGBO
Sierra Léonais, né le 01/07/1986, 1 année au FC
Brussels, saison 2007, 15 matches (14 en D1, 1 en CB), 0 but.
Sydney Kargbo naquit à l'aube des vacances d'été
de l'année 1986 dans la capitale du Sierra Leone, Freetown. Puîné
de la famille Kargbo, il fut de suite couvé par ses deux demi-frères
aînés, Ibrahim et Kevin, à qui il rendait respectivement
4 et 2 ans. S'ils partageaient bien le même père (militaire
de carrière et boxeur émérite), il n'en allait
pas de même pour leur mère. C'est toutefois sous l'égide
de leur grand-mère paternelle, Foudia (qu'en bons anglophones,
ils surnommèrent tous affectueusement " Mum "), qu'il
parfirent leur éducation et leurs premiers pas dans la vie. Bien
qu'Ibrahim fut également un fort bon spécialiste du noble
art, Sydney ne suivit jamais les pas de son père, préférant
s'adonner de suite aux joies du football. Ils le pratiquaient à
l'africaine : pieds nus, dans la rue ou sur des terrains vagues, munis
de ballons de fortune
et de suite, les Kargbo Brothers devinrent
les terreurs du quartier, ceux qu'il fallait posséder dans son
équipe. Ils s'affublaient aussi de surnom de leurs héros,
ainsi Ibou était Nesta tandis que Sydney était Pablo !
A 9 ans, Sydney s'inscrivit aux CR Sierra Rangers où il ne put
hélas pas parfaire longtemps son écolage vu que la guerre
civile éclata dès 1996. Si Ibou fut bel et bien épargné
par cette calamité, vu qu'à 14 ans il s'était déjà
envolé vers la Suède, il n'en fut hélas pas de
même pour ses deux frères
ils allaient rester sans
nouvelle l'un de l'autre durant 5 longues et pénibles années.
Les rebelles du Front Révolutionnaire Union (RUF) avaient déjà
mis la capitale Freetown à feu et à sang avant de s'étendre
en campagne. Ainsi, Haja, la maman d'Ibou qui était gardienne
de prison, n'eut d'autre recours que de libérer, sous la menace,
tous les opposants politiques retenus dans ses geôles, subissant
du coup sévices et viols répétés. Elle trouva
cependant la force mentale nécessaire pour s'en sortir et s'enfuir
vers la capitale Guinéenne, Conakry. Par contre, Kevin n'eut
sûrement pas la même chance, puisqu'il fut pris dans une
rafle et que plus personne ne reçut jamais de ses nouvelles,
ne laissant planer aucun doute sur la tragique issue dont il a dû
être la proie. De son côté, Sydney vécut 5
années de maquis et de terreur. S'il réussit bien chanceusement
à se faufiler au travers des embûches et des lignes ennemies
pour fuir vers la campagne, il se terra systématiquement tous
les jours, ne sortant de sa cachette que la nuit pour tenter de se nourrir.
Après un interminable lustre, cette maudite et satanée
guerre civile prit enfin fin et la vie reprit le dessus pour Sydney,
marqué à jamais par tant d'horreur ! Comment pourrait-on
encore trouver stressant le football professionnel après avoir
traversé tant d'encombres innommables ? Cosette n'arrivera jamais
à la cheville de Sydney !
Quand on apprend tout cela, on comprend nettement mieux la ferveur
catholique qu'arborent fréquemment les Kargbo Brothers. Comment
ne pas remercier Dieu (plutôt God pour eux d'ailleurs) d'être
toujours plein de vie et ensemble ? Dieu est devenu un interlocuteur,
une personne de confiance à qui on raconte tout, le primordial
comme le dénué de tout intérêt. Ne se contentant
pas d'être simple croyant, Sydney pratique également sa
religion de façon intensive : il prie ainsi plusieurs fois par
jour, même parfois la nuit
et à chaque fois qu'il
pénètre sur la pelouse (souvenez-vous ses éternels
bras écartés en l'air et son regard scrutant le ciel !).
N'étant pas encore motorisé, il regarde même la
messe à la NBC !
Très vite, Sydney tenta de retrouver son aîné,
son idole, son frère Ibrahim, qu'il croyait toujours en Suède.
Il apprit par après qu'Ibou avait transité ensuite par
les Pays-Bas et la Belgique, et qu'il prestait avec le RWDM, à
Bruxelles. Après avoir inlassablement économisé,
Sydney prit son destin en mains et s'envola vers la Belgique afin de
revoir son aîné. C'est ainsi qu'il arriva sans papiers
à Zaventem en plein hiver 2001 et ne put bien entendu pas sortir
de l'aéroport. Durant ce laps de temps, Ibrahim avait longuement
et en vain espéré recevoir des nouvelles de sa famille,
et s'en était même fait une funeste raison. Lorsqu'en plein
entraînement au RWDM, un quidam vint lui annoncer que Sydney se
trouvait bloqué à Zaventem, Ibou crut d'abord à
une mauvaise blague et demanda une preuve avant d'y croire : s'entretenir
avec son frère au téléphone. Quand, quelques minutes
plus tard, il entendit " Salut Nesta, c'est moi, Pablo ! ",
Ibrahim fonça signer quelques papiers à Zaventem pour
pouvoir libérer et étreindre son frère. Je vous
laisse imaginer qu'ils en eurent des choses à se raconter sur
leurs 5 dernières années et ne se quittèrent plus
qu'épisodiquement.
Considéré dans un premier temps comme réfugié
politique, Sydney s'installa à Anvers tandis que son frère
demeurait à Bruxelles. Sydney s'entraîna alors avec les
espoirs Molenbeekois jusqu'à la radiation définitive du
RWDM quelques mois plus tard. Ensuite, il passa un petit stage à
Anderlecht (hé oui) et joua même avec Kompany, mais il
n'y trouva pas grâce.
Il suivit donc son frère au Pays de Charleroi en août
2002 et s'abreuva sans cesse de ses précieux conseils. Il y évoluera
durant 3 saisons parmi les Espoirs et ensuite les Réserves (avec
lesquelles il inscrira même un but de la tête au Standard),
mais sans jamais pouvoir se targuer d'une cape avec le noyau A. Ibrahim
parti monnayer son talent en Turquie, Sydney se retrouva quelque peu
dans l'expectative, mais cela ne dura pas. En effet, Ibrahim se lassa
bien vite et fut immédiatement repêché par le FC
Brussels et Johan Vermeersch qui ne l'avaient nullement oublié
! Bien entendu, Sydney fit alors partie du deal et rejoignit également
son frangin afin de concrétiser leur rêve : former la charnière
centrale ensemble !
Sydney Kargbo débuta sa carrière Molenbeekoise avec les
Réserves le 16 septembre 2005
contre Anderlecht ! Il intégra
le noyau A du FC Brussels en janvier 2006 et déménagea
vers notre capitale afin de mettre tous les atouts dans son jeu en s'évitant
de longs et pénibles déplacements. Impressionnant, très
affûté physiquement, hautement discipliné et possédant
un jeu de tête bien au-dessus de la moyenne, Sydney affiche toutefois
une certaine nonchalance et un manque de vitesse balle au pied
mais il y travaille d'arrache-pied !
C'est finalement lors de la saison 2007 qu'il fit son trou au sein
du team d'Albert Cartier. Ibrahim parti à Willem II en Hollande
au grand dam des Brussels Boys qui l'idolâtraient, tous les regards
se posèrent sur Sydney, attendant monts et merveilles d'un teenager
dont la mission la plus délicate (du moins tant qu'il demeurera
Molenbeekois) sera sans conteste de se faire un prénom ! Remplaçant
un Petö blessé au pied levé, Sydney joua finalement
son premier match officiel sous notre vareuse le 5 août 2006 lors
d'un déplacement victorieux (0-1) au Stade Arc-en-Ciel du Gaverbeek,
dès le second match de la saison. Il musela si bien son opposant
direct, Cédric Roussel, que ce dernier dut sortir, victime d'une
perte de connaissance succédant à un contact (certes physique
mais correct) du grand et élastique Sydney sur le Zulte-Waregemois.
Sydney s'installa alors dans l'équipe sans discontinuer jusqu'à
ce tristement célèbre 22 octobre 2006. Nous devions nous
déplacer au stade des Eperons d'Or de Courtrai pour le compte
des seizièmes de finale de la Coupe de Belgique. Nous menions
à la marque tranquillement, nous tenions le match en mains, lorsque
Sydney péta littéralement les plombs à la 69ème
minute et commit un tacle assassin les deux pieds en avant contre Hempte,
au milieu de terrain alors que rien ne laissait présager d'un
tel comportement. S'en suivirent une carte rouge on ne peut plus logique
et un très long débat journalistique (écrit comme
parlé) sur l'agressivité soi-disant innée chez
les joueurs africains
Johan Vermeersch tenta alors d'éteindre
la mèche en suspendant anticipativement son joueur jusqu'à
la fin de l'année civile, suspension qui sera ensuite confirmée
par l'Union Belge. Après la trêve des confiseurs, le grand
Sydney refit donc son apparition, totalisant finalement 14 capes en
D1 pour sa première saison : une moyenne très honorable
qui ne demande qu'une confirmation lors de la saison 2008.
Si les Kargbo Brothers ne réussirent hélas pas à
prester de concert en match officiel avec le FC Brussels, ils le firent
tout de même durant les 45 dernières minutes lors d'un
match amical à Eupen le 7 janvier 2006
mais leur grande
fierté restera à jamais leur première prestation
commune avec les Leone Stars (la sélection nationale du Sierra
Leone) le 9 octobre 2006, et ce malgré la défaite subie
chez les Ecureuils du Bénin (2-0).
